Allocution
de Monsieur Jacques Chagnon
Ministre de la Sécurité publique du Québec
30.04.04
Distingués
invités,
Mesdames, Messieurs
Je
suis très heureux d'être parmi vous aujourd'hui.
Je tiens à remercier TIESWEB et tout particulièrement
son président Franck Biancheri de m'avoir invité.
J'apprécie beaucoup votre chaleureuse hospitalité.
Permettez-moi de remercier aussi Sœur Jeanne O4Laughlin qui
nous accueille sur ce splendide campus de Barry University (Président
de Barry University).
Au
Québec, nous avons l'habitude de dire que nous avons la
tête en Amérique et le cœur en Europe. Cela
indique notre double attachement à l'Europe et à
l'Amérique. Mais cela montre aussi la position particulière
du Québec en Amérique.
Le
Québec est un lieu unique. Avec ses 7,4 millions d'habitants
dont six millions de francophones, il forme la plus importante
société francophone en Amérique du Nord.
Cosmopolite, le Québec est très attaché à
ses origines et à sa culture tout en "tant, sur le
plan économique, une des sociétés les plus
ouvertes au monde.
Nous
nous sommes épanouis dans ce qui était jadis la
Nouvelle France, puis l'Amérique du Nord britannique.
Nous prospérons maintenant dans ce que nous appelons de
plus en plus souvent l'Amérique du Nord. Comme Québécois,
nous sommes fiers de notre langue et de la culture que nous avons
su faire fleurir sur le continent nord-américain en défiant
la loi du nombre et du temps.
Mais
de cet exploit, découle une responsabilité, à
la fois morale et historique envers ceux qui nous ont précédés
et ceux qui nous suivront: celle de continuer à nourrir
la part d'Europe et d'Amérique qui fondent notre société
en misant, notamment sur la poursuite et l'amélioration
de la relation transatlantique.
Le
Québec à l'image de son passé est et continuera
d'être un pont entre l'Europe et les Amériques. Notre
économie est pleinement intégrés à
l'économie nord-américaine, tandis que notre culture
et notre langue commune rappellent nos origines européennes.
Aussi,
le message que je souhaite aujourd'hui vous livrer est avant tout
un message de continuité. Continuité des échanges
transatlantiques dans la mesure où les relations entre
l'Europe et l'Amérique profitent d'une lingue histoire,
mais aussi continuité parce que cette relation représente,
à mon avis, un gage de stabilité pour le monde.
***
Avec
le recul de l'histoire, nous savons maintenant que la chute du
mur de Berlin a donné lieu à une transformation
du système international, notamment en accélérant
la mondialisation. Il est évident aujourd'hui qu'une nouvelle
dynamique s'est installée et que celle-ci a eu des répercussions
sur la dynamique transatlantique.
La
chute de l'empire soviétique a entraîné, dans
son sillon, de manière permanente souhaitons-le, la fin
d'un ordre international où une troisième guerre
mondiale était toujours possible. De nos jours, les tensions
internationales sont souvent le fruit de nouvelles menaces, pensons
au terrorisme, aux risques liés à la prolifération
des armes de destruction massive, aux catastrophes environnementales
dont l'homme est souvent responsable, mais aussi aux catastrophes
naturelles. Il me semble que ces changements post-guerre froide
ont eu une incidence directe non seulement au niveau planétaire,
mais également sur la relation entre les pays d'Europe
et d'Amérique du Nord.
Bien
sûr, chaque acteur dans le système international
poursuit des intérêts particuliers et conçoit
le monde à sa manière. Par contre, ces différends
ne doivent plus nourrir la division, particulièrement au
regard de la situation actuelle du monde et de la nécessité
de faire avancer la démocratie, la justice et le bien-être
du plus grand nombre.
Le Québec et l'importance de la Relation Transatlantique
Pour
le Québec, mais également pour le Canada, les relations
transatlantiques sont aussi essentielles. Vous savez que le Canada
est un des membres fondateurs de l'OTAN et qu'il a développé,
depuis la décennie 1940, plusieurs accords de défense
avec son puissant voisin américain, mais aussi plus récemment
des accords commerciaux. Aux plans militaire et commercial, les
plus connus du grand public sont le NORAD et l'ALENA. De plus,
le Canada partage, avec les Etats Unis, la plus longue frontière
démilitarisé du monde. Mais le Canada est aussi
un partenaire privilégié de l'Europe avec qui il
cherche actuellement à faciliter les échanges commerciaux.
L'importance
de l'Europe, tout comme celle des Etats Unis, n'est donc plus
à démontrer pour les Canadiens et encore moins pour
les Québécois. Bien qu'acteur modeste dans la relation
transatlantique, le Québec a, en effet, su développer
des rapports soutenus avec l'Europe et les Etats Unis.
Permettez-moi
d'étoffer quelque peu cette affirmation. Comme pour vous
tous, les dangers d'attentat terroriste continuent de nous préoccuper.
C'est pourquoi, nous avons développé, selon nos
moyens, une relation efficace avec nos partenaires canadiens et
américains dans le cadre du Northeast Regional Homeland
Security Directors. Nous avons d'ailleurs signé des ententes
de coopération avec certains Etats américains.
-Par
exemple, l'entente intervenue entre les gouvernements de l'Etat
du Vermont et du Maine relative à l'échange de renseignements
destinés à l'exécution de la loi, signée
en décembre 2003 et en février 2004.
Ces
ententes reconnaissent les faits mis en lumières à
la suite des attentats du 11 septembre 2001 et le nécessité
de lutter plus efficacement contre le terrorisme, notamment en
facilitant l'échange de renseignements.
De
plus, les liens géographiques nous ont amenés à
faire notre part afin de rendre la frontière commune entre
le Québec et les Etats américains voisins plus sécuritaire.
En
conclusion, le Québec souhaite, par ces diverses collaborations,
s'inspirer des expériences américaines et européennes
lui permettant d'améliorer ses pratiques et partager ses
expériences probantes.
La Situation souhaité
Le
rôle majeur attendu des décideurs pour "the
maintenance of a healthy Atlantic alliance " est celui de
remettre à l'ordre du jour, à tous les niveaux,
les avantages du partenariat transatlantique.
Bien
sûr, des visions différentes ont toujours été
présentes au sein du partenariat transatlantique. Toutefois,
il ne fait aucun doute que les défis à venir seront
les mêmes sur les deux rives de l'Atlantique.
Dans
cette optique, pour paraphraser Joseph Nye, la sécurité
demeure bel et bien une dimension fondamentale. Elle est comme
l'oxygène. tant qu'il y en a, on ne le remarque pas. Quand
on en manque, tous les autres problèmes deviennent secondaires.
Dans ce domaine, comme dans bien d'autres, les choix que nous
ferons seront primordiaux pour assurer l'épanouissement
de nos sociétés.
Or,
je crois sincèrement que le bien-être de nos sociétés
repose, en très grande partie, sur une coopération
étroite entre l'Europe et l'Amérique. C'est en conjuguant
leur puissance financière, leurs ressources éducatives,
scientifiques, technologiques et leur dynamisme économique
mais aussi en mettant de l'avant leur culture de services publics,
leur sensibilité aux problèmes du développement,
leur expérience du multilatéralisme que pourra se
développer un monde plus sécuritaire, plus juste
et plus équitable.
A
mes yeux, il semble évident que si la démocratie
est faite d'accords et de désaccords, elle ne peut se réaliser
que dans le dialogue. Et le dialogue qui doit avoir lieu et se
maintenir entre l'Amérique du Nord et l4europe est d'une
importance capital pour le reste du monde.
Les
défis de sécurité d'hier ont peut-être
changé, mais il y a toujours nécessité de
défendre et d'assurer la pérennité des valeurs
que sont la liberté et la démocratie.
Les
décideurs auront à reconnaître que souvent,
les différences sont complémentaires et qu'elles
ne doivent pas affecter la mise en place d'une stratégie
commune pour faire face aux défis de demain.
Je
me permets de terminer en reprenant une phrase de l'un des grands
défenseurs de la démocratie, Franklin D. Roosevelt
:
"The only limit to our realization of tomorrow will be
our doubts of today."
Merci de votre attention.